Pourquoi moi, tout petit chef d’entreprise, je reste en France ?

J’avoue, le titre est facile, mais faut bien surfer sur le Buzz quoi que le buzz entre le moment où j’ai commencé cet article et le moment où je le rédige, il est passé depuis longtemps. Pour rappel, l’article d’origine : Pourquoi moi, tout petit chef d’entreprise, je quitte la France ?

J’aurais également pu utiliser le titre suivant, « l’Entrepreneur Ordinaire », mais le mot ordinaire n’aura jamais été aussi mal utilisé que depuis un an.

Je comprends le raisonnement de l’auteur « Clovisvaincu » (sigh) il y a même des moments (en général quand ce n’est pas la grande forme) où il m’est arrivé de penser plus ou moins la même chose.

Pourquoi quitter la France ?

Parce que la France n’aime pas ses entrepreneurs ? Parce qu’il y a trop de taxes pour les indépendants/patrons ? Soyons sérieux cinq minutes et élargissons notre vision qui est bien souvent obturée par des visières que nous avons nous-mêmes créées.

Oui la pression fiscale est conséquente en France, pour ne pas dire insupportable. Oui, je fais partie de ceux qui pensent que l’impôt quelle que soit sa forme est globalement mal utilisé.

Mais il y a une chose qu’il faut comprendre, c’est qu’il faut arrêter de se regarder le nombril d’entrepreneur et accepter le fait que cette taxation de l’entreprise en France affecte tout le monde.

Si l’entreprise est surtaxée (et encore, comparé à quoi ?), ses tarifs, que l’on parle de biens ou de services sont forcément impactés et donc, sans même parler de TVA, le prix final est totalement impacté par les coûts.

A moins que je ne me trompe, nous consommons tous du service ou du bien, entrepreneurs, salariés, inactifs, retraités et donc à un moment ou à un autre, cette taxation touche tout le monde et en cascade.

Dans un cas comme le mien, gérant d’une EURL sans employés, c’est simple, charges diverses et impôts multiples « drivent » mon taux de facturation en fonction du salaire que je veux me verser (ou plutôt que je dois me verser en fonction des besoins que je me suis créés) pour le calcul je peux encore vous renvoyer vers ce vieil article.

Par contre, pour le prix d’un bien, disons par exemple une voiture, là c’est la cata de bout en bout. Il y a tellement d’intervenants, d’intermédiaires, d’étapes, et à chaque fois autant de taxes qu’au final, je me demande quelle part totale d’une voiture achetée revient directement dans les poches de l’Etat sous une forme ou une autre.

Au final je me demande si quitter la France en tant que consommateur ne serait pas une meilleure raison que de la quitter parce que je suis entrepreneur, mais non, j’ai décidé de rester en France.

Pourquoi rester en France ?

Déjà parce que c’est mon Pays. Et oui, c’est important pour moi. Je ne suis pourtant ni nationaliste, ni extrémiste ni quoi que ce soit du genre mais j’aime mon pays.

Peut être tout simplement parce que j’y suis né et y ai vécu la majeure partie de mon existence, allez savoir.

Ma famille est là, mes amis sont là et je vais avouer un truc, je trouve que j’ai une belle vie.

Je fais un métier que j’aime, grâce auquel je peux vivre dans une maison spacieuse et agréable et profiter de mes enfants comme peu de parents peuvent le faire.

Ce n’est pas facile tous les jours, être entrepreneur ce n’est effectivement pas de tout repos mais si on me demande si ça vaut le coup je réponds toujours oui.

C’est que je ne suis pas devenu freelance pour devenir riche, je voulais juste vivre de mon travail et j’en vis, plus ou moins bien, mais j’en vis et ce malgré la pression fiscale.

Non je n’ai pas la dernière BMW/AUDI/MERCEDES à la mode, non je ne peux pas forcément payer des vacances de rêve à l’autre bout du monde à ma petite famille, oui des fois les factures font mal quand elles tombent au mauvais moment, non je ne suis pas à l’abri du besoin… Un peu comme la grande majorité des Français, non ?

Une des autres raisons qui font que je ne quitterai probablement jamais la France pour des raisons fiscales, c’est que quelque part j’aurais l’impression de trahir celles et ceux sans qui je ne serai probablement pas devenu ce que je suis aujourd’hui.

L’école gratuite qui m’a appris des choses dont je me sers tous les jours (ok et d’autres dont je ne me suis plus jamais servi).

L’université Gratuite qui a donné une chance de trouver sa voie à un cancre de première.

L’ANPE (oui à l’époque c’était encore l’ANPE) grâce à qui j’ai pu faire la formation spécialisante dont j’avais besoin pour trouver mon premier emploi après avoir dû laisser tomber mes études pour raisons financières.

L’ANPE encore une fois qui m’a permis de faire ma formation de formateur professionnel après mon licenciement économique en 2003.

Les ASSEDICS sans lesquelles j’aurais dû prendre le premier travail venu après mon licenciement, rien que pour pouvoir manger et garder mon logement.

Les aides sociales (CAF, RMI) sans lesquelles j’aurais probablement fini à la rue quand j’ai arrêté mes études et que je n’étais bon à rien.

La solidarité nationale n’est pas un vain mot pour moi, cette solidarité je l’ai vécue, cette solidarité c’est un peu grâce à elle que j’en suis là aujourd’hui.

Je vais vous dire un truc, ces taxes, ces impôts que je paie, aussi injustes, mal utilisés soient-ils, s’ils permettent ne serait-ce qu’à un jeune homme ou une jeune femme de s’en sortir et d’avoir un avenir, je signe un chèque en blanc.

Cordialement,
Aymeric Jacquet