Réponse à : accessibilité, le cul entre deux chaises…

Eric Delcroix a lancé une discussion il y a quelques jours, comme il citait plusieurs personnes dans son Billet (Sébastien Billard, Monique Brunel et moi-même… cherchez l’intrus). Il soulève plusieurs points intéressants, et donc comme promis je fais ma réponse par blogs interposés.

Pour commencer voici l’objet du délit : accessibilité, le cul entre deux chaises….

Maintenant, ma réponse.

Étant formateur comme Eric, je connais bien les raisons qui le poussent à se poser ces questions, vu que je suis également confronté à des problèmes équivalents dans l’exercice de mon métier.

Je vais commencer par répondre à la question concernant la création html en elle-même, et surtout « faut il enseigner l’HTML dans des formations de création web« .

Ma réponse est oui, oui et encore oui et je ne cesse de me battre avec les centres de formations avec lesquels je travaille ou pour lesquels j’interviens comme jury.

Comme toujours, je m’explique.

La majorité des formations web, soit disant faites pour former des futurs professionnels du web, ne sont en fait qu’un ensemble de formations « outils » mises bout à bout, enrobées avec un discours sur les réalités du métier.

Nous parlons ici de formations orientées création, pas pure code.

Mais surtout nous parlons de professionnels, pas d’amateurs, et pour cela orientons-nous vers des comportements professionnels, et non plus de la bidouille.

Eric parle de dreamweaver, de ses limitations, de son usage purement orienté tableaux.
Dreamweaver n’est qu’un outil, et comme tous les outils, globalement il ne fait que ce qu’on lui demande, certes certaines « facilités » ont été mises en avant et poussent à de mauvais usages, mais rien n’empêche de faire du propre avec dreamweaver, loin de là.

C’est un des gros problèmes de notre secteur, cette impression qu’il est gouverné par des outils et non par des compétences, nous finissons par former des futurs professionnels à utiliser ces outils, non pas à exercer leur métier.

Pour faire un petit parallèle, quand j’étais étudiant en design graphique, j’ai eu une engueulade mémorable avec un de mes enseignants suite à un travail rendu.
Nous devions rendre une étude sur un objet avec des déclinaisons de couleurs, j’avais fait mes études de couleur à l’acrylique, en me prenant la tête à tester des dizaines de teintes pour obtenir ce qui me semblait aller le mieux avec mon produit.

Dans ce métier, les roughs (études préliminaires) sont notoirement réalisées avec des feutres, de préférence des feutres pantone (à l’époque ils coûtaient 50 francs pièce et duraient grosso modo 2 semaines), mon « prof » qui était un designer automobile m’engueule donc car je n’avais pas utilisé les « outils » classiques pour ce type de boulot.

Ma réponse était simple : Vous voyez les boulots des autres élèves là? Aucun n’a fait de réelle étude de couleurs, ils ont juste choisi leurs feutres les moins usés dans la gamme de 30 feutres qu’ils ont et basta!

J’étais réellement en colère, j’avais acquis des compétences professionnelles, je connaissais les valeurs symboliques des couleurs, leur impact psychologique, leur impact sur les formes, leur façon de rendre selon telle ou telle lumière, je savais obtenir les couleurs que je voulais à partir de mes couleurs primaires, mais malgré ça, on me disait qu’un OUTIL primait sur mes compétences.

Arrêtons de former des « pousse boutons », créons des professionnels, apprenons-leur leur métier avec de réelles compétences, ils seront capables de s’adapter au besoin, ou alors qu’ils changent de métier.

Ca c’était mon positionnement face au métier.

Passons à l’accessibilité numérique.

Je suis personnellement convaincu que le combat actuel, du moins le positionnement de nombreuses personnes face à l’accessibilité, est trop manichéen.

J’ai été très surpris, lors d’un échange sur la liste de diffusion Accessiweb, de voir que pour la majorité des intervenants, la définition de l’accessibilité numérique ne concernait que les personnes handicapées.

Surpris car ce n’est pas mon point de vue, pour moi elle concerne tout le monde, l’accessibilité numérique, c’est la mise en place de bonne pratiques permettant l’accès à l’information pour tous.

Et ces bonnes pratiques ne sont pas difficiles à intégrer au processus de création, il suffirait pour cela de les inclure dans toutes les formations « web« .

Mais il faut être réaliste, vous ne pouvez pas demander d’appliquer les 40000 points WCAG, Accessiweb ou autres, nous passons là dans le domaine de la spécialisation surtout que de nombreux points sont sujets à controverse, presque inapplicables, ou tout simplement en voie de disparition à cause des nombreuses discussions sur telle ou telle précision d’application.

Sur le forum Alsacréations, il y avait eu une discussion du type : quels sont les dix points principaux du développement web pour faciliter l’accessibilité? Et je crois sincèrement que la réponse est là, une liste simple, de bonnes pratiques facilement compréhensibles et applicables, facilitant l’accessibilité à la majorité, et classons le reste dans un domaine de spécialité.

Pour moi, le besoin de perfection et d’absolu que l’on retrouve dans un grand nombre de forums, de listes de diffusions ou de blogs traitant d’accessibilité ne concerne effectivement qu’un milieu de « convertis« , ce que veut dire Eric, je le pense, en parlant de Geeks.

On ne pourra jamais rendre un site 100% accessible à toutes et à tous, mais on pourra faire en sorte que le plus grand nombre puisse en profiter, mais ce ne sera possible que par une mutation des principes de la formation professionnelle.

N’essayez pas de demander aux sociétés de rendre leurs sites déjà existants accessibles, vous vous prendrez une banane, premièrement parce qu’il faut bien le dire, la majorité s’en foutent cordialement, et deuxièmement difficile de leur dire qu’il faudra dépenser encore une « fortune » pour refaire un produit pour lequel ils ont souvent déjà du mal à percevoir le retour sur investissement.

La bonne nouvelle, c’est que la mutation s’opère doucement, de plus en plus de sociétés se mettent à travailler proprement, en respectant les standards et en incluant de fait une bonne base de pratiques facilitant l’accessibilité.

Maintenant, là où je rejoins Eric, au-delà d’une bonne construction facilitant l’accessibilité, le reste est hélas question de volonté des clients, est-ce qu’ils veulent étendre cette accessibilité au plus grand nombre? Quelle accessibilité, et pour qui?

Pour terminer, une petite anecdote :

Je discutais un jour avec un client dont une des activité était la vente de livres en ligne, je lui parlais de l’accessibilité numérique.

Il me répond : Ben, je vend des livres alors hein, les aveugles…

Ma réponse : Certes, mais les aveugles ont le droit d’offrir des livres comme tout le monde.

Concernant l’article d’Eric :

Sébastien billard a répondu sur son blog
Delphine Dumont a répondu sur son blog
Eric nous a répondu sur son blog
Stephane Carpentier le Ven a répondu sur son blog

Cordialement,
Aymeric Jacquet