Interviewé par Pixenjoy

Gilles Vauvarin a lancé une série d’interviews de professionnels du web sur son blog : Pixenjoy.

Et comme il m’a demandé de me plier à cet exercice périlleux, vous vous doutez bien que je me suis empressé d’accepter.

Les interviews portent sur le parcours initial, les raisons qui font choisir le statut de freelance, les modes de fonctionnement, et il est toujours intéressant de confronter sa vision du métier avec d’autres personnes du même secteur.

Pour l’interview complète, ça se trouve à cette adresse : Interview de Aymeric Jacquet.

Bon, comme toujours je me trouve moins clair en relecture que lors de la rédaction et la photo me donne envie de m’inscrire à Relooking Extrême, mais à part ça, tout va bien.

Genèse d’une société : III – L’intermède

J’en étais donc à mon choix de faire un pari sur l’avenir et donc, de me focaliser sur ma formation en priorité et de laisser mon activité professionnelle de côté pendant quelques temps.

Juste pour préciser avant de continuer, arrêter son activité, même pour une période qui peut sembler courte, c’est perdre presque tout le bénéfice de vos premiers mois passés à vous faire connaitre, les gens (les clients en clair) vous oublient (bon d’accord pas tous), et vite. Ils ont besoin de réactivité, une réactivité que vous ne pouvez plus leur donner, ils finissent par aller voir ailleurs, et le pire, c’est que c’est avec votre bénédiction (si si je connais quelqu’un de très bien pour continuer à travailler sur votre projet). En plus on se fait plein d’amis dans la concurrence.

C’était donc parti pour 8 mois de formation, dur, très dur.

Ce qu’il y a d’amusant dans les formations professionnelles, c’est que l’on vous dit bien que non, ce n’est pas l’école, ça n’a rien à voir, mais on vous remet rapidement à votre place dés que vous prenez des libertés. Et à 34 ans, c’est très dur de retourner à l’école surtout quand vous venez d’être papa.

La formation en elle-même fut un réel gain, tant du point de vue des compétences de formateur que pour ma pratique professionnelle. En effet, un des fils directeurs de cette formation est la remise en cause permanente de ses propres compétences, on analyse tous les mécanismes nécessaires à l’exercice de telle ou telle activité, tous les savoirs que cela peut demander (ne vous attendez pas à retrouver du jargon de formateur, il me hérisse au plus haut point).

Autre point qui change, pour quelqu’un comme moi ayant l’habitude de travailler à domicile : refaire du trajet matin et soir, se prendre la tête dans les embouteillages, stresser sur l’horaire… Plein de choses que je ne connaissais plus depuis des années puisque même lors de mon activité salariée, j’habitais à 10 minutes à pied de ma société.

Le télétravail c’est bien, mangez-en (ceci est un message subliminal).

Si je devais faire un descriptif de cette formation, je dirais techniquement très bien, humainement très pauvre.

Le groupe de stagiaires était ce que l’on appelle une exception, un groupe composé d’individualités fortes, d’horizons très différents, mais un groupe extraordinairement soudé. Groupe qui en dépit des prévisions du formateur et de son travail de sape s’est entraidé jusqu’au bout. Ce côté humain-là était parfait et croyez-moi d’expérience, c’est très rare.

Là où humainement l’expérience fut pauvre, c’est au niveau de nos relations avec l’AFPA et avec le formateur. Un formateur qui avait décidé de ne pas s’intégrer au groupe, mais de rester en dehors choix que je pense peu judicieux puisqu’il a dû faire face à une entité soudée et solidaire (le groupe).

De plus, la responsable du pôle formation de formateurs était, comment dire, puante…

Pour la petite histoire, nous devions faire trois stages lors de cette formation pour appliquer et valider les apprentissages dans un cadre professionnel.

Le centre de formation où j’ai réalisé mon premier stage, voyant mes compétences professionnelles me demande d’intégrer le Jury pour le passage de titre de leur formation d’Infographiste. Vous vous en doutez, j’accepte, ce n’est pas le genre d’opportunités que l’on refuse.

Lors d’une réunion post stage à l’AFPA en présence de notre formateur et de la responsable du « service », nous faisons un tour de table pour parler du déroulement de notre stage. Quand vient mon tour, je précise que tout s’était très bien passé, bonne relations avec l’équipe du centre de formation, qu’ils m’avaient proposé d’être jury sur une de leurs formations et que bien sur j’avais accepté.

Réaction immédiate et cinglante de la responsable : Ah bon, vous avez le niveau ?

Je suis resté muet de stupéfaction, ceux qui me connaissent pourront vous dire que ce n’est pourtant pas mon genre. Je crois que dans d’autres circonstances je l’aurais hachée menu (difficile mais faisable, la personne en question étant très forte en communication interpersonnelle – traduction : manipulatrice).

Je crois avec le recul, que je suis resté stupéfait, car l’attaque était gratuite, je ne l’avais absolument pas sentie venir, surtout venant d’une personne sensée diriger le pôle de formation et donc connaître les profils de chaque stagiaire. J’ai compris par la suite que c’était certainement volontaire, la dame étant habituée à rabaisser ses interlocuteurs.

Cerise sur le gâteau, nous avons pris une cuite monumentale le dernier soir du passage des titres, nous savions que nous avions nos titres et que nous devions passer les chercher le lendemain matin.

Arrivés à l’AFPA, salle de formation, personne à l’heure prévue, nous attendons, la responsable arrive, nous prévient que le notre formateur ne serait pas là, en arrêt maladie, nous remet nos titres, au revoir, merci d’être venus… Sympa et respectueux…

Mon titre en main, je décide donc de réorienter mon activité d’indépendant en ciblant la formation comme activité principale.

Je repars à la pêche au client. ;)

Un peu compliqué pour la formation, je passe des mois à tisser des contacts avec des centres de formation, des formateurs indépendants, me faire connaitre. Problème, le milieu de la formation est assez particulier et en pleine « crise » depuis un grand nettoyage de printemps en 2003 (chasse aux arnaques et aux pseudo centres de formation profitant des largesses des deniers publics).

La plupart des « petits » centres de formation font peu ou pas de veille sectorielle, ils se contentent de suivre le mouvement initié par les gros groupes principalement pour des raisons budgétaires et structurelles. L’AFPA, pour exemple, a des services d’ingénieurs de formation pour créer et faire évoluer leurs programmes, coût financier difficilement supportable par un petit centre de formation (même pour l’AFPA qui finit par « dégraisser »).

Il y a un « cassage » de prix encore plus important que dans les métiers du web. Un centre de formation qui avait besoin d’un formateur Web pluridisciplinaire me contacte, je les rencontre, le rendez-vous se passe bien, comme ils me proposent une masse de jours de formation mensuelle conséquente, nous négocions au niveau des tarifs pour arriver à une facturation journalière de 300 euros HT. C’est loin de mon taux journalier habituel, mais il faut prendre en compte la masse de travail proposée, qu’ils s’occupent de tout le process pré et post formation, qu’ils ont des programmes et des supports déjà existants.

La personne devait me rappeler en fin de semaine, chose qu’elle n’a pas faite, vous vous en doutez, ils avaient entre temps rencontré un formateur qui leur facturait la journée à 200 euros TTC.

J’ai de plus, pendant cette période, essayé de lancer divers projets tournant autour de la formation professionnelle, celui qui a été le plus près d’aboutir était un projet de création de cellules d’accompagnement/orientation pour les élèves de collège/lycée. Idée que j’avais eu suite à une discussion avec un professeur de Géographie en faculté qui constatait qu’en gros la moitié des élèves arrivant en faculté ne savaient même pas ce qu’ils faisaient là, ils venaient parce qu’ils avaient eu de bonnes notes dans la matière pendant leur scolarité.

Le projet avançait bien, j’avais de bons retours, des débuts de partenariats, et puis le 27 Octobre 2005, la crise des banlieues arrive.

Une annonce du premier ministre, parlant de création d’antennes d’orientation professionnelle pour les scolaires signe l’arrêt de mort de mon projet.

Bref, retour à la case départ, je dois bien avouer mon echec au niveau du recadrage de mon activité vers la formation professionnelle. Quelques mois à m’en remettre, il faut tout reprendre depuis le début, tout analyser. Et surtout rassurer ma femme qui commence à trouver le temps long et mon humeur médiocre.

Qu’à cela ne tienne, on va reprendre les bonnes habitudes et faire ce que je sais faire le mieux : du Web Design !!

La suite de la série « Genèse d’une société » dès que possible : AJcréa, la société.

Genèse d’une société : II – Le projet

J’expliquais dans le précédent billet que j’étais devenu trop cher pour le marché de l’emploi, je vais vous faire part d’une petite anecdote qui en est l’expression la plus concrète.

Trois mois après mon départ de la société, je reçois, ohh miracle, une offre d’emploi de l’ANPE, un poste d’infographiste ayant des compétences web dans une petite société Nantaise. Comme c’est une offre envoyée par l’ANPE, je dois y répondre avec le kit habituel C.V/lettre de motivation.

Forcément avec mon profil, je suis retenu pour un entretien, nous prenons donc rendez-vous avec le gérant de la société. la discussion va assez rapidement au but, la rémunération que la personne m’annonce, le SMIC, négociable en fonction de l’expérience, tout ça…
Je me retiens d’éclater de rire, la personne en face de moi étant sympathique, et je lui explique que, honnêtement, ça ne va pas être possible, le salaire qu’elle me propose est inférieur à mes allocations ASSEDIC. La personne comprend bien et avoue avoir « tenté le coup », on ne sait jamais, une personne expérimentée, compétente qui accepte de travailler au SMIC, ça se voit tous les jours (hélas).

Bref, revenons à nous moutons, ou plutôt a mes débuts en tant que demandeur d’emploi.

Etre en poste dans une entreprise, c’est bien, mais c’est également souvent restrictif dans l’application de ses connaissances/compétences.
On réalise souvent les mêmes taches avec un panel d’outils limité, on s’encroute, on perd un peu de vue les réalités du secteur, on fait moins de veille technique, on s’enferme dans le train train confortable de l’emploi salarié.

J’avais donc décidé, avant même la fin de mon contrat, de demander à l’ANPE de réaliser un bilan de compétences, un vrai, pas le truc qui se fait en un après midi en groupe, faire ce que l’on appelle dans le jargon de la formation un O.P.I (Objectif Projet Individuel).

C’est un suivi du demandeur d’emploi, souvent réalisé par un prestataire externe de l’ANPE, sur 3 mois. Cela inclut un bilan de compétences complet, des tests psychotechniques, l’élaboration d’un projet professionnel et le suivi/accompagnement par un conseillé en insertion professionnelle.

Bref, la totale et c’est plutôt enrichissant pour se positionner ou se repositionner sur un marché de l’emploi que l’on a quitté depuis si longtemps.

Cet accompagnement m’a alors permis de dégager deux pistes principales pour définir mon projet :

  • Je suis dans un secteur professionnel ou il y a du travail mais pas d’embauche.
  • Bien qu’ayant quelques années d’expérience, je n’ai dans les faits, aucune légitimité en tant que formateur.

J’ai alors décidé de dégager un premier projet : faire une formation de formateur pour acquérir de nouvelles compétences et m’orienter vers la formation professionnelle.

Seulement, on n’entre pas dans une formation comme ça du jour au lendemain, il faut en faire la demande, s’inscrire, passer des tests, des entretiens, bref le parcours du combattant.

Je me suis donc inscrit pour intégrer une formation longue à l’AFPA, seulement, la réponse définitive ne devait être donnée que près de 6 mois plus tard, qu’allais-je bien pouvoir faire pendant 6 mois ? Me la couler douce en profitant de mes allocations ASSEDIC ?

C’est le paradoxe des ASSEDICs, ça permet de pouvoir prendre un peu de temps de réflexion mais l’effet pervers c’est que l’on est pas pressé par une échéance à court terme, étant licencié économique, je profitais d’un PARE (Plan d’Aide au Retour à l’Emploi), c’est à dire que mes allocations étaient maintenues à taux plein pour 23 mois.

Un évènement attendu m’a un peu « forcé la main », j’allais être papa. Et quoi qu’on en dise, la paternité, ça vous colle une bonne grosse couche (sans mauvais jeu de mots) de responsabilité sur votre insouciance de « jeunesse ».

Je précipite donc les choses, on laisse tomber les pseudo idées que de toutes façons je ne pourrais pas mener à bien si je fais ma formation, et je me concentre sur ce que je sais faire : du Webdesign.

En premier, j’opte pour une solution de portage salarial, car cela n’entraine pas d’investissement initial, que j’en ai eu de bons retours lors de discussion à droite et à gauche, et que ça se marie parfaitement bien avec ma situation d’allocataire.

Et là, je préviens la terre entière que je me lance, ça y est, je vais travailler en freelance, je suis disponible, donnez moi vos projets !

Quand je dis la terre entière, ce n’est pas un vain mot, tout ce que je pouvais compter comme contact plus ou moins proche y est passé :

  • L’intégralité de mon carnet d’adresse mail
  • Les amis
  • Les amis de mes amis
  • Des connaissances
  • Tous les forums et toutes les listes de diffusion auxquelles je participais depuis plusieurs années
  • Mon ancienne société
  • D’anciens contacts professionnels rencontrés sur un salon ou un autre
  • Et j’en oublie surement…

Et vous savez quoi ? Ca marche, vraiment (oui bon, ok, être dans le secteur depuis 6 ou 7 ans ça aide).

Deux semaines après l’annonce de mon « installation », je signais mes deux premiers contrats :

  • Avec la société ou j’avais effectué mon OPI car elle lançait un nouveau produit.
  • Avec un ami dont le père reprenait une société dont il désirait moderniser la communication

Plus quelques autres contacts pour des projets à clarifier à plus ou moins long terme.

Un début plutôt encourageant.

Pour vous donner un ordre d’idée, mon CA pour mes 5 premiers (et temporairement seuls) mois d’activité à l’époque a été de 32000 euros.

J’étais alors très motivé et mes perspectives à moyen et long terme étaient plutôt bonnes.

Sauf que…

Sauf que, j’ai été pris dans la formation de formateur que j’avais demandé d’intégrer, et cette formation s’est révélée beaucoup plus intense que ce que j’avais pensé initialement, en clair, une vraie formation à temps plein, de celles qui font qu’il est impossible de cumuler la moindre activité complémentaire.

J’ai du faire un choix, un pari sur l’avenir, croyez moi, ce ne fut pas facile, j’allais diviser par 3 mes revenus sur une durée assez longue (10 mois), devoir prévenir tous mes clients que je cessais mon activité temporairement (en résumé, vous les perdez), et recommencer à 0 après ma formation toute ma partie communication/prospection pour relancer mon activité.

Tout ça pour acquérir des compétences de formateur dont je ne savais même pas si elles me seraient utiles à l’avenir dans le cadre de mon activité.

J’ai fait le pari de l’avenir, j’ai choisi la formation, je ne le regrette pas, mais croyez-moi, je le paie encore aujourd’hui.

La suite de la série « Genèse d’une société » d’ici quelques jours : l’intermède.

Genèse d’une société : I – Pourquoi

Ce qu’il y a de bien quand on travaille dans une TPE/PME c’est que quand la société va mal, il est difficile de le cacher aux employés.

Après un an où, à la production, nous passions notre temps en auto-formation, tant sur des sujets professionnels que sur notre connaissance des quakelike, l’information attendue est enfin arrivée à nos oreilles, mais cette fois-ci par la voie officielle : il va y avoir restructuration de la société.

Vous connaissez ce mot, restructuration, c’est la version politiquement correcte pour licenciement.

Pas besoin de beaucoup de spéculations pour savoir qui allait partir, mais je vous propose un exercice, comme ça, pour la forme.

Vous avez une société, cette société est FAI, hébergeur, et réalise des sites Internet.

Sachant que vous avez été un des premiers FAI/hébergeur de la région Nantaise, vous avez une certaine masse de clients, d’autant plus que vous avez racheté les hébergements d’un concurrent il n’y a pas très longtemps.
On a là des services et produits à forte valeur ajoutée, rentables.

De l’autre côté, nous avons le pôle création, qui vivote, qui n’est plus concurrentiel face aux poids lourds du secteur ou aux jeunes pousses qui cassent le marché…

Quel secteur va être restructuré?

Mon collègue, Stéphane Peigné, et moi-même, avant même de recevoir notre recommandé, pensions déjà à « l’après », nous rassurant mutuellement quant à nos capacités à retrouver un emploi.

Forcément, des Webdesigners travaillant depuis 1996 dans la région Nantaise, ça doit être recherché, vous vous en doutez, des professionnels avec une telle expérience…

Sauf qu’entre temps, la bulle internet avait démarré, enflé, explosé. Tous les centres de formation ayant rapport de près ou de loin avec l’informatique se lançaient dans de la formation au Webdesign, parfois avec beaucoup de sérieux, plus souvent histoire de récupérer quelques miettes de clientèle avide de ce nouvel Eldorado.

L’effet pervers au niveau du marché de l’emploi s’est vite fait sentir en allant même au-delà du seul secteur de la création web.

En effet, ces formations à la création Web nécessitaient également un minimum d’initiation à certains outils d’imagerie numérique « classiques », principalement Photoshop et Illustrator. Comme l’offre de compétences au niveau du marché de l’emploi internet a rapidement dépassé la demande, un grand nombre de personnes nouvellement formées avec des compétences très inégales se sont retrouvées à se positionner sur tout ce qui touchait aux métiers de la chaine graphique.

Une aubaine pour nombre d’entreprises, un vivier de travailleurs peu qualifiés, peu ou pas expérimentés, pouvant aisément remplacer des Infographistes/Webdesigners voir même opérateurs PAO à moindre cout.

Pourquoi embaucher un professionnel expérimenté et compétent quand pour beaucoup moins cher je peux embaucher une personne motivée avec de faibles prétentions salariales et dont les compétences conviennent largement pour le travail que je lui propose?
Il n’est pas nécessaire d’avoir un opérateur PAO ou un infographiste qualifié pour faire du redimensionnement d’images à la chaine.

Au bout d’un moment, après analyse du marché de l’emploi dans ma ville (Nantes à l’époque) et mon département, il fallait bien que je me rende à l’évidence, j’étais trop cher.

Mes études de design graphique, ma spécialisation en imagerie numérique, mes sept années d’expérience de Webdesigner, mes compétences de formateur, mes compétences de gestion de projets et de relationnel clientèle, mes réseaux, certes intéressaient les entreprises susceptibles de m’embaucher, mais les propositions salariales étaient du domaine du ridicule.
Pourtant mes prétentions en terme de salaire n’étaient pas faramineuses, loin de là.

Il fallait alors chercher une solution au problème, c’est ce que j’ai fait par la suite.

Ce sera tout pour aujourd’hui, vous retrouverez très prochainement la partie II de cette série d’articles : Le projet.

PS : ce billet a été initialement publié en juillet 2006. j’ai enfin décidé de continuer la série, donc le temps que je finisse l’écriture du deuxième Opus, je réactualise ce billet au jour d’aujourd’hui.

Quels tarifs pratiquer pour un freelance ?

Il y a de nombreux paramètres à prendre en compte pour pouvoir répondre à cette question, qui peut sembler pourtant assez simple.

Il ne s’agit pas là de faire l’ébauche de prix à pratiquer sur tel ou tel produit, mais bien de dégager un taux de facturation horaire ou journalier, car même si dans les faits il n’est jamais réellement appliqué, il permet d’estimer le coût d’un travail et par là de réaliser des devis qui ne soient pas du grand n’importe quoi.

Nous allons en premier sélectionner un secteur précis, à partir de ce secteur (métier) nous allons dresser une liste de paramètres à prendre en compte puis développerons la réflexion à partir de cette liste.

Choisissons un métier

Faisons simple, choisissons au hasard… Webdesigner?

Pourquoi Webdesigner?

Premièrement parce que c’est ce que suis, donc ce que je connais le mieux.
Ensuite, parce que c’est un métier assez « généraliste » et beaucoup d’autres métiers gravitant autour de ce concept ont des fonctionnements assez proches (que l’on parle d’infographiste, de développeur web, d’informaticiens indépendants …)

Quelles questions me poser pour bien choisir mes tarifs?

  • Quels vont être mes frais?
  • Quels sont les tarifs pratiqués par la concurrence?
  • Et bla….
  • Et bla…
  • Et bla…

Allez on va simplifier la chose, parce que ça, on le retrouve un peu partout et finalement ça ne fait  que nous embrouiller.

Pour bien commencer, posez-vous LES bonnes questions :

  • Pour quel salaire suis-je prêt à sacrifier mon confort d’employé?
  • Pour quel salaire suis-je prêt à travailler + de 55 heures par semaine? (55 heures c’est pour ne pas vous faire peur hein, pour ma part j’oscille en moyenne entre 60 et 65).
  • Etc… (collez à la suite tous les « sacrifices potentiels » que votre nouveau choix de vie peut entrainer).

Au passage, il est rare que l’on se verse un salaire la première année d’activité, mais gardez quand même ce point de repère à l’esprit car il arrivera un jour ou enfin vous toucherez un chèque à la fin du mois, du moins je l’espère pour vous.

Pour calculer ce salaire de référence, basez-vous, soit sur votre ancien salaire d’employé, soit sur les grilles salariales de la profession (si elles existent) pratiquées dans votre région. En effet, un webdesigner n’aura pas le même salaire de base à Paris qu’à Maubeuges.

Renseignez-vous auprès de l’ANPE ou d’autres organismes professionnels, regardez les petites annonces d’embauche (souvent déprimantes) et à partir de tout ça essayez de trouver les salaires pratiqués.

Pour exemple, dans la région Nantaise, les salaires moyens pour un poste de webdesigner tournent entre 1500 et 1800 euros bruts en fonction de l’entreprise, du poste et de l’expérience (il y a des cas de salaires plus élevés, mais ils sont très rares).

Nous allons donc faire une moyenne, ce qui nous donne un salaire de 1650 euros Bruts soit à peu près 1290 euros nets (facteur 0.78, à peu près 22% de charges salariales).

Pas vraiment fabuleux vu le niveau de compétences souvent requis mais vraiment proche de la réalité. Pour exemple, cela correspond à peu près au salaire que je touchais de mon époque salariée (j’avais l’avantage d’y ajouter une prime pour chaque formation effectuée).

C’est sur ce salaire moyen que nous allons baser nos nouvelles prétentions, le net, pas le brut, soit 1290 euros.

Un peu de mathématiques

Je vais maintenant utiliser différents chiffres, récupérés lors de discussions entre « indépendants », obtenus via des centres de gestion agréés ou des experts comptables.

On compte en général une base de 22 jours de travail par mois.
Un indépendant qui travaille « bien », « produit » en moyenne 60% de ce temps, le reste étant bien souvent partagé entre la prospection/communication, rendez-vous, création de devis, administratif…
Donc il facture en fait 60% de 22 jours soit : 13,2 journées par mois.

Les charges des entreprises de services informatiques sont majoritairement comprises entre 55 et 60%, je ne vais pas vous faire le décompte des charges, ce n’est pas utile, seul ce chiffre compte.

Prenons le taux de charges le plus lourd, soit 60%, donc, en gros, nous pouvons nous verser 40% de notre facturation en salaire.
Raccourci rapide, nous travaillons pour nous 40% du temps total facturé.

Reprenons le nombre de journées facturées, soit 13,2 et gardons 40% de ce temps pour nous verser notre salaire : 40% de 13,2 cela fait : 5,28 journées.

Ca fait peu 5,28 journées de salaire pour 22 jours travaillés, non?

Si l’on reprend notre salaire de référence et les journées de salaire « payées », nous avons donc 5,28 journées pour « gagner » 1290 euros net, donc nous devons « gagner » a peu près 245 euros par jour.

Donc, pour résumer, si vous voulez gagner un salaire de 1290 euros net par mois, il vous faut facturer 245 euros par jour sur 13, 2 jours, soit un total de : 3234 euros par mois.

Cette méthode de calcul peut vous sembler étrange, mais croyez-moi elle est tout ce qu’il y a de plus réelle.

Soyez réaliste

1290 euros par mois, ça ne semble pas énorme hein? N’oubliez quand même pas une chose, surtout si vous travaillez chez vous comme beaucoup d’entre nous, nombre de charges comprises dans les 60% seront des transfert de charges du « foyer » vers l’entreprise (téléphone fixe, portable, connexion internet, une partie des charges locatives etc…)

Autant de choses qui peuvent « revaloriser » votre salaire de base, on peut rapidement arriver à 200/300 euros d’économies par mois sur le budget du ménage, pensez-y.

A l’opposé, n’oubliez pas non plus que quand vous partez en vacances (c’est quoi les vacances), vous ne gagnez rien (mais j’essaie pour ma part d’intégrer ce fait dans mes calculs de 60% de temps facturé).

Si vous aviez un ancien salaire de référence, essayez de vous baser sur ce chiffre, tout simplement, si vous pouvez au moins retrouver le même salaire, vous êtes sur la bonne voie.

Mais au final, on ne sait toujours pas combien facturer?

Non, c’est vrai, je n’ai pas fini ma démonstration, mais nous avons maintenant tous les outils pour calculer un taux de facturation en fonction du salaire visé.

Je sais que je dois travailler 5,28 jours pour me verser mon salaire, le reste du temps facturé, c’est pour les charges.

C’est maintenant que nous allons appliquer une chose qui porte un très joli nom : le principe de réalité.

Prenons un salaire d’exemple : 2000 euros par mois.
C’est un salaire réaliste, qui peut vous sembler « faible » comparé à la charge de travail et de responsabilités, mais n’oubliez pas que de nombreuses charges « personnelles » vont être transférées à l’entreprise (tant que cela reste logique et ne ressemble pas à un abus de biens sociaux).

Et bien, si je veux pouvoir me verser 2000 euros de salaire par mois, il faut que je facture (2000 divisé par 5,28) à peu près 380 euros par jour soit un taux horaire de 47,5 euros (basé sur une journée de 8 heures).

Ce qui représente quand même une facturation mensuelle de (380 fois 13,2) 5016 euros.

Pour appliquer le principe de réalité, sachez que sur un panel de 100 entreprises de services informatiques (d’indépendants), les chiffres d’affaire par an oscillent entre 40 000 et 70 000 euros (basés sur les publications annuelles d’organismes de gestion), donc avec vos 5016 euros de facturation par mois, soit 60 192 euros de chiffre d’affaire par an, vous vous situez plutôt vers le haut du tableau, le valez-vous pour le moment?

Pour finir

Je sens que vous êtes plus embrouillés que vous ne l’étiez en arrivant, alors je vais vous aider un peu avec des chiffres classiques.

En province, on conseille souvent à un entrepreneur/indépendant débutant un taux de facturation de 300 euros/jour, à Paris plutôt 450 euros.

Ce qui donne pour la province, 300 fois 5,28, soit 1584 euros de salaire.
Je vous vois déjà vous étrangler, mais n’oubliez pas d’y ajouter :

  • Le transfert de charges personnelles vers l’entreprise
  • Les frais de transport en moins (surtout si vous travaillez à domicile, autrement ce sont des frais que vous pouvez transférer à la société)
  • La liberté dans votre gestion du temps de travail
  • La liberté tout court, et ça, ça n’a pas de prix…

Un autre précision, les chiffres donnés se basent sur une entreprise qui « tourne », les premières années (surtout la première) ne vous attendez pas forcément à ce que cela marche comme ça, visez ce salaire pour l’avenir.

A l’avenir si vous voulez « augmenter votre salaire », vous pouvez soit augmenter vos tarifs journaliers (pas toujours évident à faire passer), réduire vos charges, travailler encore plus par mois (je vous assure, c’est possible).

Le mot de la fin sera pour les esprits chagrins, un entrepreneur/indépendant, travaille en moyenne 55 heures par semaine, soit 2860 heures par an, soit 238 heures par mois. Si il se versait un smic horaire (en net) par heure travaillée, il gagnerait 1535 euros net par mois, un chiffre très proche du salaire obtenu en facturant 300 euros par jours non?

Si vous avez besoin de précisions ou d’explications, n’hésitez pas, les commentaires sont là pour ça.

Cordialement,
Aymeric Jacquet

PS : ah oui, je n’ai pas parlé de mon salaire direz-vous? Tout simplement parce que actuellement je ne m’en verse pas encore et ce n’est pas pour tout de suite.

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