Retour sur le coup de gueule sur les "amateurs" du web et les contributions des lecteurs

Pour rappel, le billet d’origine : Marre des créations « professionnelles » par des amateurs.

De ce qui n’était, à la base, qu’un coup de colère (d’accord, à fort potentiel trollesque), c’est un peu transformé en règlement de compte et défouloir de chacun contre tel ou tel type « d’amateur » que nous percevons à tort ou à raison comme nuisibles à notre profession. Mais le sont-ils réellement?

De nombreux avatars de ces « nuisibles » ont été cités, je vais essayer d’en dresser la liste et de vous donner mon avis sur chacun d’eux.

Ces concurrents que l’on aime détester

Le champion toutes catégories : le neveu du cousin du beau-frère qui a programmé son premier jeu à 6 ans

Vous ne pouvez tout simplement pas lutter, il est trop fort en plus il rend service à la famille et la plupart du temps il travaille gratuitement ou pour pas grand chose.

Ce n’est pas un concurrent, pas encore, mais il peut le devenir à l’avenir. Par contre, c’est un casseur de dossier et c’est là que réside son réel potentiel de nuisance. Il risque de « profiter », la plupart du temps involontairement, des conseils que vous avez prodigués à votre client. Ca se joue en général au détour d’une conversation familiale. « Ah tu veux faire un site internet ? Ca tombe bien, Kévin en fait, tu devrais lui demander. »

Mais attention, Kévin est parfois très efficace, si il est réellement passionné, il écume tous les forums qui parlent technologies Web et Design, même s’il lui manque l’expérience métier et une connaissance approfondie de la communication, il a souvent de réelles compétences techniques.

Rassurez-vous, un client qui préfère faire réaliser son projet par son neveu n’était pas réellement un client pour vous, alors pas de regrets (on se rassure comme on peu hein).

L’étudiant qui veut se faire des références et qui travaille

On y retrouve majoritairement des étudiants en arts graphiques ou filière proches. Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement parce que ce sont à peu près les seuls qui ont la culture du book.

Leur clientèle principale : les associations.

Il travaille souvent au noir, pas très cher, il veut surtout améliorer son ordinaire et on ne peut pas lui en vouloir.

Il écume souvent les « places de marchés » et a de réelles capacités de création graphique qui peuvent bluffer un client potentiel, mais bien souvent, ça s’arrête là.

Bien que je ne le considère pas comme un concurrent direct (nous ne ciblons en général pas la même clientèle) il se transforme bien souvent en ce que j’appelle mon « ennemi héréditaire » :

Le graphiste qui fait du web

Attention, je dis bien, « qui fait du web » et non pas « qui sait faire du web« , je connais des graphistes qui se sont réellement investis dans le métier et qui ont fait évoluer leurs compétences en fonction.

« Le graphiste qui fait du web » est un réel concurrent car il bluffe souvent sa clientèle par une création « qui pête ». Flash est son ami, l’html c’est bon pour les geeks et ces binoclards d’informaticiens.

Sa nuisance sur le marché est facile à identifier, il a un réel pouvoir de captation de la clientèle du fait de son positionnement sur le marché de la communication graphique, il « package » : « je vous fais votre logo, votre plaquette et votre site web dans la foulée ».

De fait, intégrant la réalisation web dans un processus plus complet, il tire les prix vers le bas, d’autant plus que ses méthodes de production lui permettent de réaliser des sites internet très rapidement.

Croyez-moi, quelqu’un qui a de vraies compétences graphiques et qui maîtrise bien flash peut vous faire un site qui a de la gueule, qui bouge, qui bluffe en beaucoup moins de temps qu’il ne vous en faut pour ne serait-ce que vendre votre produit et vos conseils.

Ne pas oublier que bien souvent il a de bonnes connaissances en communication graphique et que, de fait, ses réalisations tiennent la route jusqu’à un certain point.

Mais il n’est pas le seul à se positionner sur le marché de la création Internet, pour beaucoup de personnes, c’est un véritable eldorado, c’est ainsi que l’on va retrouver l’avatar suivant :

Mon boucher fait des sites web

Je suis volontairement ironique, c’est cette catégorie que « j’attaquais » dans mon billet coup de gueule.

Le nombre d’entreprises, de tous secteurs (pour peu qu’ils aient un rapport plus ou moins lointain avec l’informatique), qui prétendent faire des sites internet est tout simplement impressionnant.

L’exemple le plus marquant : les magasins d’informatique. Je crois bien que tous les magasins dans lesquels j’ai pu aller récemment font des sites internet, parfois ils ont même de vraies web agencies intégrées, mais là on n’est plus dans la même catégorie.

Leur force ? Comme le graphiste, un pouvoir de captation important via un autre produit ou service, une clientèle d’entreprises ou de particuliers (et la plupart des particuliers travaillent dans une entreprise), pignon sur rue ET une vitrine/devanture, ainsi qu’une proximité importante avec leur clientèle.

Ile ne sont pas des professionnels du secteur, mais des utilisateurs avertis d’internet et de ce fait peuvent aisément passer pour des professionnels auprès d’une clientèle potentielle.

Ils sont, à mon avis, les concurrents qui ont le plus grand potentiel de nuisance sur le marché et ce pour plusieurs raisons :

  • Des prix en général plus bas (grosso modo pour les mêmes raisons que le graphiste, mais là, c’est dreamweaver qui est leur ami).
  • Un fort pouvoir de captation de la clientèle locale.
  • Ils sont perçus comme des professionnels (et avec raison) mais de leur secteur d’activité sauf que bien souvent pour le client final c’est du pareil au même.
  • Les relations professionnelles qu’ils ont avec leurs clients vont biaiser la vision de ces derniers face au marché.
  • Internet n’est pour eux, souvent, qu’un plus à leur activité et n’auront pas de réels suivis des projets de leur clientèle au niveau de l’évolution de leurs besoins.

Leurs clients, vous aurez du mal à les récupérer, sauf si eux-mêmes ont entre temps appris et pris conscience de ce qu’internet pouvait réellement leur apporter, mais hélas, bien souvent ils auront dépensé de l’argent pour pas grand chose et ne seront pas à même d’en dépenser à nouveau.

J’ai gardé pour la fin ceux qui semblent le plus vous marquer :

Les casseurs de prix

Vous avez été presque unanimes sur les casseurs de prix, comme si ceux-ci vous faisaient réellement peur.

Je vous donne tout de suite mon avis : moquez-vous en, comme de votre première chaussette.

On pourrait créer deux sous catégories dans ce domaine :

Les vrais casseurs de prix

Ceux qui font des devis au ras des pâquerettes, ceux dont un client vous a déjà présenté un devis et vous avez eu beau recalculer dans tous les sens, vous n’avez pas réussi à comprendre comment il pouvait proposer des tarifs aussi bas.

Plusieurs raisons à ça, il peut s’agir soit d’un négociant qui ne travaille qu’avec des entreprises étrangères où la main d’oeuvre et les charges sont à faible coût.

Là, sincèrement, impossible de lutter car vous avez affaire à des gens intelligents qui peuvent en plus proposer des services de qualité, voir de très grande qualité à des prix imbattables; bienvenue dans la mondialisation des marchés et des compétences. ;)

A savoir que je reçois toutes les semaines des propositions de services de sociétés du Maghreb, d’Afrique Noire, de Madagascar, de Hongrie, de Pologne ou d’ailleurs.

Et je peux vous dire que certaines de ces entreprises font un très très bon travail.

Pour vous rassurer, je vais vous dire ce que j’ai répondu à un étudiant en formation d’infographiste qui m’avait balancé que les mecs comme moi étaient voués à disparaitre face à la concurrence étrangère :

Tu sais, les professionnels de mon secteur d’activité sur Paris sont en général entre 25% et 50% plus chers que moi. A ce jour, je pense qu’il y a toujours des gens qui travaillent sur Paris non ?

Ensuite dans la classe des « vrais casseurs de prix » on retrouve aussi les professionnels qui font du rab, qui arrondissent les fins de mois en faisant du free, soit parce qu’on le leur demande, soit parce qu’ils ont des réseaux ou écument les places de marchés.

Ils font des tarifs bas car dans les faits, c’est de l’argent de poche, ils ont déjà un salaire, qu’ils ont des charges minimales, soit en micro entreprise soit en portage salarial (le portage salarial a la préférences puisque en plus on ne s’emmerde plus avec l’administratif).

Encore une fois, difficile de lutter, car bien souvent ce sont de réels professionnels et qui peuvent capter une clientèle qui aurait pu être la vôtre de par sa présence dans de multiples réseaux.

Le gros souci face à cette concurrence est que effectivement il peut « casser le marché », il s’en moque, pour lui c’est un plus à rajouter à son salaire.

Passons à la sous catégorie suivante :

Les pseudo casseurs de prix

Je prends l’exemple de Lionel car il a eu le courage d’exprimer son point de vue ‘à part » dans un sujet assez chaud : la location ou paiement mensuel en fonction du contenu.

Ce n’est pas un « cassage » de prix, même si ça peut fortement y ressembler, c’est juste un modèle économique totalement différent du nôtre qui, je le pense sincèrement, ne concerne pas la même clientèle, du moins pas dans son entier.

Ce n’est pas un modèle économique auquel j’adhère personnellement, mais dans les faits, quelle est la différence avec les plateformes de sites « tout en un » ? Aucune, si ce n’est, peut-être, un service plus personnalisé.

Là où la différence fondamentale réside, c’est dans la rapidité du gain pour l’entreprise.

Je réalise, je facture : gain immédiat.
Je réalise, je fais payer un peu chaque mois : gain à long terme potentiellement supérieur au gain immédiat.

C’est effectivement un positionnement commercial dangereux car dans l’esprit du client (si il ne calcule pas à long terme) on se rapproche d’un service presque gratuit.

Pour en finir avec cette histoire

Cette liste, on pourrait la transposer dans pas mal de secteurs d’activité, secteurs qui pour certains marchent très bien (je pense particulièrement au bâtiment).

Cette concurrence existe, nous le savons et nous devons faire avec, à nous de prouver à notre clientèle que nous valons les prix que nous proposons avec une politique commerciale claire, une offre réelle, une réelle qualité.

Quelques conseils (suprême prétention) simples pour finir ce billet qui commence à être réellement très long :

  • Ayez un positionnement commercial clair (suis-je dans le qualitatif ou le quantitatif ?).
  • Choisissez vos clients (oui je sais, cela semble facile à dire, mais si vous ne sentez pas un client, laissez tomber, un client pénible ou chieur le sera du début à la fin et vous aurez du mal à vous faire payer au final vous perdrez de l’argent.)
  • Donnez-vous à fond pour vos clients, toujours.
  • Soyez honnête, toujours.

Ce sera tout pour aujourd’hui je pense.

Cordialement,
Aymeric Jacquet

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