Genèse d’une société : III – L’intermède

Je sais, il s’est passé plus de quelques jours depuis la publication du précédent volet, mais, actualité professionnelle oblige, je suis en retard dans mes articles.

Le troisième volet de la série d’articles sur la genèse de ma société va traiter de la période de coupure qu’a constituée ma formation de formateur professionnel dans mon processus de création d’entreprise. Formation qui a eu de nombreux effets directs ou indirects sur mon projet.

J’en étais donc à mon choix de faire un pari sur l’avenir et donc, de me focaliser sur ma formation en priorité et de laisser mon activité professionnelle de côté pendant quelques temps.

Juste pour préciser avant de continuer, arrêter son activité, même pour une période qui peut sembler courte, c’est perdre presque tout le bénéfice de vos premiers mois passés à vous faire connaitre, les gens (les clients en clair) vous oublient (bon d’accord pas tous), et vite. Ils ont besoin de réactivité, une réactivité que vous ne pouvez plus leur donner, ils finissent par aller voir ailleurs, et le pire, c’est que c’est avec votre bénédiction (si si je connais quelqu’un de très bien pour continuer à travailler sur votre projet). En plus on se fait plein d’amis dans la concurrence.

C’était donc parti pour 8 mois de formation, dur, très dur.

Ce qu’il y a d’amusant dans les formations professionnelles, c’est que l’on vous dit bien que non, ce n’est pas l’école, ça n’a rien à voir, mais on vous remet rapidement à votre place dés que vous prenez des libertés. Et à 34 ans, c’est très dur de retourner à l’école surtout quand vous venez d’être papa.

La formation en elle-même fut un réel gain, tant du point de vue des compétences de formateur que pour ma pratique professionnelle. En effet, un des fils directeurs de cette formation est la remise en cause permanente de ses propres compétences, on analyse tous les mécanismes nécessaires à l’exercice de telle ou telle activité, tous les savoirs que cela peut demander (ne vous attendez pas à retrouver du jargon de formateur, il me hérisse au plus haut point).

Autre point qui change, pour quelqu’un comme moi ayant l’habitude de travailler à domicile : refaire du trajet matin et soir, se prendre la tête dans les embouteillages, stresser sur l’horaire… Plein de choses que je ne connaissais plus depuis des années puisque même lors de mon activité salariée, j’habitais à 10 minutes à pied de ma société.

Le télétravail c’est bien, mangez-en (ceci est un message subliminal).

Si je devais faire un descriptif de cette formation, je dirais techniquement très bien, humainement très pauvre.

Le groupe de stagiaires était ce que l’on appelle une exception, un groupe composé d’individualités fortes, d’horizons très différents, mais un groupe extraordinairement soudé. Groupe qui en dépit des prévisions du formateur et de son travail de sape s’est entraidé jusqu’au bout. Ce côté humain-là était parfait et croyez-moi d’expérience, c’est très rare.

Là où humainement l’expérience fut pauvre, c’est au niveau de nos relations avec l’AFPA et avec le formateur. Un formateur qui avait décidé de ne pas s’intégrer au groupe, mais de rester en dehors choix que je pense peu judicieux puisqu’il a dû faire face à une entité soudée et solidaire (le groupe).

De plus, la responsable du pôle formation de formateurs était, comment dire, puante…

Pour la petite histoire, nous devions faire trois stages lors de cette formation pour appliquer et valider les apprentissages dans un cadre professionnel.

Le centre de formation où j’ai réalisé mon premier stage, voyant mes compétences professionnelles me demande d’intégrer le Jury pour le passage de titre de leur formation d’Infographiste. Vous vous en doutez, j’accepte, ce n’est pas le genre d’opportunités que l’on refuse.

Lors d’une réunion post stage à l’AFPA en présence de notre formateur et de la responsable du « service », nous faisons un tour de table pour parler du déroulement de notre stage. Quand vient mon tour, je précise que tout s’était très bien passé, bonne relations avec l’équipe du centre de formation, qu’ils m’avaient proposé d’être jury sur une de leurs formations et que bien sur j’avais accepté.

Réaction immédiate et cinglante de la responsable : Ah bon, vous avez le niveau ?

Je suis resté muet de stupéfaction, ceux qui me connaissent pourront vous dire que ce n’est pourtant pas mon genre. Je crois que dans d’autres circonstances je l’aurais hachée menu (difficile mais faisable, la personne en question étant très forte en communication interpersonnelle – traduction : manipulatrice).

Je crois avec le recul, que je suis resté stupéfait, car l’attaque était gratuite, je ne l’avais absolument pas sentie venir, surtout venant d’une personne sensée diriger le pôle de formation et donc connaître les profils de chaque stagiaire. J’ai compris par la suite que c’était certainement volontaire, la dame étant habituée à rabaisser ses interlocuteurs.

Cerise sur le gâteau, nous avons pris une cuite monumentale le dernier soir du passage des titres, nous savions que nous avions nos titres et que nous devions passer les chercher le lendemain matin.

Arrivés à l’AFPA, salle de formation, personne à l’heure prévue, nous attendons, la responsable arrive, nous prévient que le notre formateur ne serait pas là, en arrêt maladie, nous remet nos titres, au revoir, merci d’être venus… Sympa et respectueux…

Mon titre en main, je décide donc de réorienter mon activité d’indépendant en ciblant la formation comme activité principale.

Je repars à la pêche au client. ;)

Un peu compliqué pour la formation, je passe des mois à tisser des contacts avec des centres de formation, des formateurs indépendants, me faire connaitre. Problème, le milieu de la formation est assez particulier et en pleine « crise » depuis un grand nettoyage de printemps en 2003 (chasse aux arnaques et aux pseudo centres de formation profitant des largesses des deniers publics).

La plupart des « petits » centres de formation font peu ou pas de veille sectorielle, ils se contentent de suivre le mouvement initié par les gros groupes principalement pour des raisons budgétaires et structurelles. L’AFPA, pour exemple, a des services d’ingénieurs de formation pour créer et faire évoluer leurs programmes, coût financier difficilement supportable par un petit centre de formation (même pour l’AFPA qui finit par « dégraisser »).

Il y a un « cassage » de prix encore plus important que dans les métiers du web. Un centre de formation qui avait besoin d’un formateur Web pluridisciplinaire me contacte, je les rencontre, le rendez-vous se passe bien, comme ils me proposent une masse de jours de formation mensuelle conséquente, nous négocions au niveau des tarifs pour arriver à une facturation journalière de 300 euros HT. C’est loin de mon taux journalier habituel, mais il faut prendre en compte la masse de travail proposée, qu’ils s’occupent de tout le process pré et post formation, qu’ils ont des programmes et des supports déjà existants.

La personne devait me rappeler en fin de semaine, chose qu’elle n’a pas faite, vous vous en doutez, ils avaient entre temps rencontré un formateur qui leur facturait la journée à 200 euros TTC.

J’ai de plus, pendant cette période, essayé de lancer divers projets tournant autour de la formation professionnelle, celui qui a été le plus près d’aboutir était un projet de création de cellules d’accompagnement/orientation pour les élèves de collège/lycée. Idée que j’avais eu suite à une discussion avec un professeur de Géographie en faculté qui constatait qu’en gros la moitié des élèves arrivant en faculté ne savaient même pas ce qu’ils faisaient là, ils venaient parce qu’ils avaient eu de bonnes notes dans la matière pendant leur scolarité.

Le projet avançait bien, j’avais de bons retours, des débuts de partenariats, et puis le 27 Octobre 2005, la crise des banlieues arrive.

Une annonce du premier ministre, parlant de création d’antennes d’orientation professionnelle pour les scolaires signe l’arrêt de mort de mon projet.

Bref, retour à la case départ, je dois bien avouer mon echec au niveau du recadrage de mon activité vers la formation professionnelle. Quelques mois à m’en remettre, il faut tout reprendre depuis le début, tout analyser. Et surtout rassurer ma femme qui commence à trouver le temps long et mon humeur médiocre.

Qu’à cela ne tienne, on va reprendre les bonnes habitudes et faire ce que je sais faire le mieux : du Web Design !!

La suite de la série « Genèse d’une société » dès que possible : AJcréa, la société.

Cordialement,
Aymeric Jacquet

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2 Commentaires pour Genèse d’une société : III – L’intermède

  • Lionel

    Toujours aussi intéressant à lire. C’est assez marrant de voir la facilité (peut être travaillée) que tu as à décrire ton parcours professionnel de façon aussi détaillée, avec autant de naturel :) J’ai limite l’impression de lire une autobiographie

    Vivement la suite ;)

    Le 13 juin 2007 à 19 h 00 min

  • Lionel : En fait à la base, je sais a peu près de quoi je vais parler, ensuite je rédige les choses comme elles me viennent à l’esprit, ce qui fait que souvent mes billets un peu long sont « décousus ».

    Je reviens souvent sur la rédaction après publication et relecture.

    Heureux que ça te plaise.;)

    Le 14 juin 2007 à 9 h 51 min