Genèse d’une société : II – Le projet

Après avoir expliqué les raisons qui m’ont poussé à me poser des questions sur mon avenir professionnel dans le premier billet de la série, je vais revenir sur les mécanismes qui m’ont orienté vers la création d’entreprise.

J’expliquais dans le précédent billet que j’étais devenu trop cher pour le marché de l’emploi, je vais vous faire part d’une petite anecdote qui en est l’expression la plus concrète.

Trois mois après mon départ de la société, je reçois, ohh miracle, une offre d’emploi de l’ANPE, un poste d’infographiste ayant des compétences web dans une petite société Nantaise. Comme c’est une offre envoyée par l’ANPE, je dois y répondre avec le kit habituel C.V/lettre de motivation.

Forcément avec mon profil, je suis retenu pour un entretien, nous prenons donc rendez-vous avec le gérant de la société. la discussion va assez rapidement au but, la rémunération que la personne m’annonce, le SMIC, négociable en fonction de l’expérience, tout ça…
Je me retiens d’éclater de rire, la personne en face de moi étant sympathique, et je lui explique que, honnêtement, ça ne va pas être possible, le salaire qu’elle me propose est inférieur à mes allocations ASSEDIC. La personne comprend bien et avoue avoir « tenté le coup », on ne sait jamais, une personne expérimentée, compétente qui accepte de travailler au SMIC, ça se voit tous les jours (hélas).

Bref, revenons à nous moutons, ou plutôt a mes débuts en tant que demandeur d’emploi.

Etre en poste dans une entreprise, c’est bien, mais c’est également souvent restrictif dans l’application de ses connaissances/compétences.
On réalise souvent les mêmes taches avec un panel d’outils limité, on s’encroute, on perd un peu de vue les réalités du secteur, on fait moins de veille technique, on s’enferme dans le train train confortable de l’emploi salarié.

J’avais donc décidé, avant même la fin de mon contrat, de demander à l’ANPE de réaliser un bilan de compétences, un vrai, pas le truc qui se fait en un après midi en groupe, faire ce que l’on appelle dans le jargon de la formation un O.P.I (Objectif Projet Individuel).

C’est un suivi du demandeur d’emploi, souvent réalisé par un prestataire externe de l’ANPE, sur 3 mois. Cela inclut un bilan de compétences complet, des tests psychotechniques, l’élaboration d’un projet professionnel et le suivi/accompagnement par un conseillé en insertion professionnelle.

Bref, la totale et c’est plutôt enrichissant pour se positionner ou se repositionner sur un marché de l’emploi que l’on a quitté depuis si longtemps.

Cet accompagnement m’a alors permis de dégager deux pistes principales pour définir mon projet :

  • Je suis dans un secteur professionnel ou il y a du travail mais pas d’embauche.
  • Bien qu’ayant quelques années d’expérience, je n’ai dans les faits, aucune légitimité en tant que formateur.

J’ai alors décidé de dégager un premier projet : faire une formation de formateur pour acquérir de nouvelles compétences et m’orienter vers la formation professionnelle.

Seulement, on n’entre pas dans une formation comme ça du jour au lendemain, il faut en faire la demande, s’inscrire, passer des tests, des entretiens, bref le parcours du combattant.

Je me suis donc inscrit pour intégrer une formation longue à l’AFPA, seulement, la réponse définitive ne devait être donnée que près de 6 mois plus tard, qu’allais-je bien pouvoir faire pendant 6 mois ? Me la couler douce en profitant de mes allocations ASSEDIC ?

C’est le paradoxe des ASSEDICs, ça permet de pouvoir prendre un peu de temps de réflexion mais l’effet pervers c’est que l’on est pas pressé par une échéance à court terme, étant licencié économique, je profitais d’un PARE (Plan d’Aide au Retour à l’Emploi), c’est à dire que mes allocations étaient maintenues à taux plein pour 23 mois.

Un évènement attendu m’a un peu « forcé la main », j’allais être papa. Et quoi qu’on en dise, la paternité, ça vous colle une bonne grosse couche (sans mauvais jeu de mots) de responsabilité sur votre insouciance de « jeunesse ».

Je précipite donc les choses, on laisse tomber les pseudo idées que de toutes façons je ne pourrais pas mener à bien si je fais ma formation, et je me concentre sur ce que je sais faire : du Webdesign.

En premier, j’opte pour une solution de portage salarial, car cela n’entraine pas d’investissement initial, que j’en ai eu de bons retours lors de discussion à droite et à gauche, et que ça se marie parfaitement bien avec ma situation d’allocataire.

Et là, je préviens la terre entière que je me lance, ça y est, je vais travailler en freelance, je suis disponible, donnez moi vos projets !

Quand je dis la terre entière, ce n’est pas un vain mot, tout ce que je pouvais compter comme contact plus ou moins proche y est passé :

  • L’intégralité de mon carnet d’adresse mail
  • Les amis
  • Les amis de mes amis
  • Des connaissances
  • Tous les forums et toutes les listes de diffusion auxquelles je participais depuis plusieurs années
  • Mon ancienne société
  • D’anciens contacts professionnels rencontrés sur un salon ou un autre
  • Et j’en oublie surement…

Et vous savez quoi ? Ca marche, vraiment (oui bon, ok, être dans le secteur depuis 6 ou 7 ans ça aide).

Deux semaines après l’annonce de mon « installation », je signais mes deux premiers contrats :

  • Avec la société ou j’avais effectué mon OPI car elle lançait un nouveau produit.
  • Avec un ami dont le père reprenait une société dont il désirait moderniser la communication

Plus quelques autres contacts pour des projets à clarifier à plus ou moins long terme.

Un début plutôt encourageant.

Pour vous donner un ordre d’idée, mon CA pour mes 5 premiers (et temporairement seuls) mois d’activité à l’époque a été de 32000 euros.

J’étais alors très motivé et mes perspectives à moyen et long terme étaient plutôt bonnes.

Sauf que…

Sauf que, j’ai été pris dans la formation de formateur que j’avais demandé d’intégrer, et cette formation s’est révélée beaucoup plus intense que ce que j’avais pensé initialement, en clair, une vraie formation à temps plein, de celles qui font qu’il est impossible de cumuler la moindre activité complémentaire.

J’ai du faire un choix, un pari sur l’avenir, croyez moi, ce ne fut pas facile, j’allais diviser par 3 mes revenus sur une durée assez longue (10 mois), devoir prévenir tous mes clients que je cessais mon activité temporairement (en résumé, vous les perdez), et recommencer à 0 après ma formation toute ma partie communication/prospection pour relancer mon activité.

Tout ça pour acquérir des compétences de formateur dont je ne savais même pas si elles me seraient utiles à l’avenir dans le cadre de mon activité.

J’ai fait le pari de l’avenir, j’ai choisi la formation, je ne le regrette pas, mais croyez-moi, je le paie encore aujourd’hui.

La suite de la série « Genèse d’une société » d’ici quelques jours : l’intermède.

Cordialement,
Aymeric Jacquet

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4 Commentaires pour Genèse d’une société : II – Le projet

  • Nicolas Auvinet

    Clap, clap, clap :) excellent !! La suite, la suite !

    Le 9 mai 2007 à 18 h 44 min

  • Pareil que nicolas, il est 22h30 on te laisse 30 minutes pour la suite….

    Le 9 mai 2007 à 22 h 33 min

  • Damned, plus qu’un quart d’heure.. euhh je vais botter en touche pour ce soir hein. ;)

    Le 9 mai 2007 à 22 h 46 min

  • Ce retour d’expérience est vraiment intéressant et j’ai même envie de dire passionnant !=)

    La suite :)

    Le 12 mai 2007 à 22 h 32 min