Genèse d’une société : I – Pourquoi

On décide de créer sa société pour de multiples raisons, idée novatrice, raisons familiales, etc. Pour certains, ils ont ça dans le sang.
Pour ma part, même si comme tout à chacun l’idée m’avait effleuré une fois ou deux, ce n’était pas un projet primordial.
Il a donc fallu une raison à ça, et cette raison est toute simple : j’ai été licencié

Ce qu’il y a de bien quand on travaille dans une TPE/PME c’est que quand la société va mal, il est difficile de le cacher aux employés.

Après un an où, à la production, nous passions notre temps en auto-formation, tant sur des sujets professionnels que sur notre connaissance des quakelike, l’information attendue est enfin arrivée à nos oreilles, mais cette fois-ci par la voie officielle : il va y avoir restructuration de la société.

Vous connaissez ce mot, restructuration, c’est la version politiquement correcte pour licenciement.

Pas besoin de beaucoup de spéculations pour savoir qui allait partir, mais je vous propose un exercice, comme ça, pour la forme.

Vous avez une société, cette société est FAI, hébergeur, et réalise des sites Internet.

Sachant que vous avez été un des premiers FAI/hébergeur de la région Nantaise, vous avez une certaine masse de clients, d’autant plus que vous avez racheté les hébergements d’un concurrent il n’y a pas très longtemps.
On a là des services et produits à forte valeur ajoutée, rentables.

De l’autre côté, nous avons le pôle création, qui vivote, qui n’est plus concurrentiel face aux poids lourds du secteur ou aux jeunes pousses qui cassent le marché…

Quel secteur va être restructuré?

Mon collègue, Stéphane Peigné, et moi-même, avant même de recevoir notre recommandé, pensions déjà à « l’après », nous rassurant mutuellement quant à nos capacités à retrouver un emploi.

Forcément, des Webdesigners travaillant depuis 1996 dans la région Nantaise, ça doit être recherché, vous vous en doutez, des professionnels avec une telle expérience…

Sauf qu’entre temps, la bulle internet avait démarré, enflé, explosé. Tous les centres de formation ayant rapport de près ou de loin avec l’informatique se lançaient dans de la formation au Webdesign, parfois avec beaucoup de sérieux, plus souvent histoire de récupérer quelques miettes de clientèle avide de ce nouvel Eldorado.

L’effet pervers au niveau du marché de l’emploi s’est vite fait sentir en allant même au-delà du seul secteur de la création web.

En effet, ces formations à la création Web nécessitaient également un minimum d’initiation à certains outils d’imagerie numérique « classiques », principalement Photoshop et Illustrator. Comme l’offre de compétences au niveau du marché de l’emploi internet a rapidement dépassé la demande, un grand nombre de personnes nouvellement formées avec des compétences très inégales se sont retrouvées à se positionner sur tout ce qui touchait aux métiers de la chaine graphique.

Une aubaine pour nombre d’entreprises, un vivier de travailleurs peu qualifiés, peu ou pas expérimentés, pouvant aisément remplacer des Infographistes/Webdesigners voir même opérateurs PAO à moindre cout.

Pourquoi embaucher un professionnel expérimenté et compétent quand pour beaucoup moins cher je peux embaucher une personne motivée avec de faibles prétentions salariales et dont les compétences conviennent largement pour le travail que je lui propose?
Il n’est pas nécessaire d’avoir un opérateur PAO ou un infographiste qualifié pour faire du redimensionnement d’images à la chaine.

Au bout d’un moment, après analyse du marché de l’emploi dans ma ville (Nantes à l’époque) et mon département, il fallait bien que je me rende à l’évidence, j’étais trop cher.

Mes études de design graphique, ma spécialisation en imagerie numérique, mes sept années d’expérience de Webdesigner, mes compétences de formateur, mes compétences de gestion de projets et de relationnel clientèle, mes réseaux, certes intéressaient les entreprises susceptibles de m’embaucher, mais les propositions salariales étaient du domaine du ridicule.
Pourtant mes prétentions en terme de salaire n’étaient pas faramineuses, loin de là.

Il fallait alors chercher une solution au problème, c’est ce que j’ai fait par la suite.

Ce sera tout pour aujourd’hui, vous retrouverez très prochainement la partie II de cette série d’articles : Le projet.

PS : ce billet a été initialement publié en juillet 2006. j’ai enfin décidé de continuer la série, donc le temps que je finisse l’écriture du deuxième Opus, je réactualise ce billet au jour d’aujourd’hui.

Cordialement,
Aymeric Jacquet

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9 Commentaires pour Genèse d’une société : I – Pourquoi

  • MiKE

    Bel exercice d’introspection… regarder d’où tu viens pour mieux comprendre où tu vas ! Fonce, je suis impatient de connaître la suite de cette télénovela nantaise ;-)

    Le 5 juillet 2006 à 16 h 11 min

  • Aymeric Jacquet

    Je vais surtout essayer de ne pas rentrer dans le mélo, ce n’est pas le but.
    Par contre si ça peut servir à d’autres « indépendants » en herbe ça sera déja ça de gagné.

    Le 5 juillet 2006 à 17 h 53 min

  • Je ne vais pas faire la même introspection (c’est pas mon fort) mais mon moteur de la création a été à peu près similaire (mauvaise adéquation age – salaire – interet dans le travail proposé). C’est un sacré challenge de voir si on a pas bosser quelques années pour rien. 6 mois d’activité et tous les jours le mors aux dents. Courage ! On va les bouffer tous …

    Le 7 juillet 2006 à 19 h 13 min

  • Bonjour Sylvain et merci pour les encouragements,
    C’est une des raisons qui m’ont poussé à faire cette instrospection, je ne suis surement pas seul à avoir suivi cette voie.
    N’oublions pas quand même ceux qui crééent leur entreprise dans d’autres circonstances, tous les créateurs ne sont pas des chomeurs qui cherchent à construire leur futur. ;)

    Le 8 juillet 2006 à 10 h 17 min

  • yahrou

    Ca m’intéresse beaucoup de lire comment des gens en sont venus à créer leur entreprise, car ça risque de m’arriver un de ces quatres…
    Mais moi, ce ne sera sans doute pas la même approche…
    Comme toi, je ne suis pas une « entrepreuneuse » dans l’âme et tant que j’étais étudiante, ça me semblait une idée tout à fait farfelue.
    Mais voilà, j’ai décidé de faire une « pause » dans mes études, et me voilà web developer dans une petite boite irlandaise. Et ici, même si j’aime beaucoup mon boulot qui m’apporte une expéricence essentielle, je ressens une certaine « frustration ». Je vois des défauts que je ne peux coriger, je suis rarement en contact direct avec des clients et il est donc plus difficiles de faire valoir des points de vue technique évident (mais pas pour l’équipe commerciale…). Et puis, je vois un peu comment marche la boite, et ça ne me semble pas si difficil…
    Et puis, si je ne suis pas entrepreneuse, je suis une « créatrice de site » dans l’âme, et mon copain est parreil donc ça n’arrange pas les choses. On a une nouvelle idée de site à peu près toutes les semaines, voire tous les jours. Evidemment, il y en a pas beaucoup qui voient le jour étant donné qu’on travaille tous les deux. On est toujours en plein dans la refonte code et design de nos sites principaux et c’est pas encore terminé… (vous pouvez vous amuser à regarder mon lien, les jeux sont sympa, mais quand j’ai fait ce site, je n’y connaissais rien, ni en design, ni en html, donc ca fait peur! )
    Mais encore une fois, notre démarche sera pas mal différente, car on gagne déjà des sommes non négligeables à partir de nos sites en lignes. Donc la question qui se pose à nous, c’est plutot, comment déclarer cet argent ? Et par la suite, comment gagner plus d’argents avec nos idées et peut être en vivre ? Et ensuite, encore après, et pourquoi pas créer des sites pour les autres ?

    Voilà, c’était juste pour vous faire partager un peu mon expérience en rapport avec ce billet. Et puis, je voulais en profiter pour dire que je trouve ce blog vraiment super !

    Le 4 mai 2007 à 16 h 20 min

  • Bonjour yahrou, bienvenue sur l’AJblog et merci pour cet apport intéressant de ton expérience personnelle (et merci pour les compliments ;) ).

    Par contre pour ce qui est de la question « comment déclarer cet argent. », j’aurais besoin d’une précision car tu parles d’une société irlandaise. Vous êtes tous les deux en Irlande ou en France?

    Le 4 mai 2007 à 17 h 29 min

  • yahrou

    On est tous les deux en Irlande pour l’instant, mais on était encore en France quand on a commencé à toucher des sommes plus ou moins déclarables.
    Maintant, le problème ne se pose plus trop car avec notre déménagement, ces sommes se perdent dans le flou de nos revenus diverses entre les deux pays.
    Mais on ne va pas rester en Irlande toute notre vie ! D’ici un an, on commencera à organiser notre retour (je reprendrai les études au moment), et c’est à ce moment aussi, en fonction de notre situation, qu’on pensera à créer une boite, et dans le même temps à régulariser les revenus des sites (surtout qu’en l’occurence, on essaiera de les augmenter).
    C’est tout le problème des sites « perso », car au début c’était vraiment ça. Et puis avec le temps, on a amélioré le principe, et les visites, on a trouvé des partenariats, et on a commencé petit à petit à les rentabiliser…

    Le 5 mai 2007 à 22 h 46 min

  • Helldream

    Bonjour et merci pour ton billet, qui permet de partager nos expériences!

    Je me reconnais un peu dans ton histoire. J’ai aussi créé mon entreprise par cause de manque de travail, mais dans une situation… Très délicate : En fait, sorti de l’école, j’ai eu la chance de bosser dans une « grosse » entreprise locale pendant quelques mois, suite à un bon stage de fin d’étude. Mais voila, rentabilité oblige, ils ne recrutaient pas. Les seuls informaticiens qui bossaient là bas étaient presque tous en intérim depuis x années, et aucune perspective d’embauche. Toujours est-il que 3 mois plus tard, contrat terminé, chomage commencé. Et débuter en tant que programmeur sans beaucoup d’expérience, dans le Nord, c’est pas top, surtout sans permis.
    Rajoutons à ça le fait que je doive m’assumer seul (viré pendant les études de chez moi), que je n’ai pas 25 ans (RMI au revoir), pas 6 mois d’expérience (au revoire les ASSEDICS), et que ma femme était dans la même situation : pas de boulot, secteur saturé, et pas de permis. Mais bon que voulez vous, quand on commence très bas, on a la chance de ne rien avoir à perdre, et tout à gagner!
    C’est là qu’on s’est dit « plutot que de galérer à trouver du boulot, et d’avoir l’impression que rien ne bouge, autant tenter de s’en créer un dans un secteur qui n’est pas encore exploité dans le coin ». On avait la motivation, j’avais déjà pensé à ce projet pendant mes études, masi pas sérieusement, et on s’est lancé.
    Finalement, la boîte est créée depuis Janvier 2007, et pour le moment on s’en sort pas trop mal… Enfin bon, c’est clair que c’est le début et qu’on galère, mais on a l’impression de faire quelque chose pour s’en sortir vraiment, et de faire avancer les choses.
    Je vais souvent sur ce site pour « apprendre à créer des designs », car n’étant pas ma spécialité, ni celle de ma femme, c’est clairement notre point faible! Et hélas, il n’existe que très peu de sites parlant de comment créer un design en pratique. Ayant les bases techniques (dégradés, découpage, ombrage etc), ce qu’il me manque, c’est surtout la pratique.

    Bref, voici un autre exemple de début de parcours. J’espère que ça pourra donner l’envie à d’autres personnes de se lancer dans cette avanture stressante, il faut bien le dire, mais vraiment passionnante!

    Le 7 mai 2007 à 21 h 35 min

  • yahrou : je pense que dans votre cas (toi et ton copain), la création d’une société est la bonne solution, surtout, profitez des facilités de création d’entreprise en Irlande qui est un des pays les moins taxés en « europe ». Il sera toujours temps de revoir vos statuts une fois revenus en France.

    Helldream : merci pour ce témoignage très intéressant, car très représentatif du marché de l’emploi en France dans certains secteurs. Je crois sincèrement que créer son activité peut être la réponse à une situation économique morose, il faut juste se motiver, trouver la bonne niche, les bons réseaux. Et pratiquer la veille sectorielle pour faire évoluer ses offres en fonction du marché. Un dernier point, si j’avais un conseil à vous donner, ne vous dispersez pas trop dans vos activités et spécialisez vous. Le secteur de la création Web se professionalise de plus en plus et de fait, il risque de se fermer aux « touche à tout » mais de s’ouvrir de plus en plus aux spécialistes.

    Le 8 mai 2007 à 11 h 29 min